Astro
Sh2-157 · Nébuleuse de la Pince de Homard — une étoile Wolf-Rayet, une bulle et la pouponnière NGC 7538 dans le bras de PerséeHDR 3,3×SDR

sh2-157

Sh2-157 · Nébuleuse de la Pince de Homard — une étoile Wolf-Rayet, une bulle et la pouponnière NGC 7538 dans le bras de Persée

Trois degrés de Cassiopée, et trois façons très différentes dont les étoiles massives remodèlent leur environnement. À gauche, Sh2-157, la nébuleuse de la Pince de Homard, occupe un tiers de l’image : une lueur rouge d’hydrogène à l’extérieur, une cavité bleu-vert à l’intérieur. En haut à droite se trouve la petite Bulle NGC 7635, en bas à droite la pouponnière stellaire NGC 7538, d’un blanc éclatant, et autour des deux le vaste champ Hα Sh2-161. D’après les parallaxes Gaia de leurs étoiles, les trois régions se situent à environ 3 kpc, soit 10 000 années-lumière, dans le bras de Persée ; le champ couvre à cette distance quelque 560 × 390 années-lumière. Le nord est à droite, l’est en haut.

La Pince de Homard est un chaudron de vents stellaires. Au centre de la cavité bleu-vert se trouve le jeune amas Markarian 50, avec WR 157, une étoile Wolf-Rayet de type WN5. Elle forme un couple serré avec la supergéante B HD 219460 A ; les parallaxes Gaia des deux composantes vont de 0,32 à 0,34 milliseconde d’arc, soit environ 3 kpc. Son vent de plusieurs milliers de kilomètres par seconde et son rayonnement ultraviolet très énergétique expliquent la répartition des couleurs : près de la source, l’oxygène est doublement ionisé et émet dans la bande O III, rendue ici en bleu-vert par le filtre à double bande ; plus loin, là où le rayonnement devient moins énergétique, le rouge Hα domine. Sh2-157 figure donc dans la littérature comme candidate au statut de nébuleuse annulaire autour de WR 157. La « pince » est formée de deux crêtes brillantes en Hα qui bordent la cavité de part et d’autre ; sur le bord gauche se trouve aussi la petite région H II compacte Sh2-157 A, dont le liseré lumineux révèle un noyau nuageux dense distinct.

La Bulle repose sur le même mécanisme en miniature — d’où ses contours si nets. NGC 7635 est une enveloppe presque circulaire d’environ trois minutes d’arc, soit un peu plus de huit années-lumière de diamètre, gonflée par le vent de l’étoile O6.5 BD+60 2522, d’environ 40 masses solaires. L’étoile est visiblement décentrée : la bulle se dilate dans un gaz qui devient plus dense vers le bord lumineux de la nébuleuse ; elle y ralentit, tandis qu’elle progresse librement de l’autre côté. Sharpless a catalogué la Bulle en 1959 sous le nom Sh2-162 ; la lueur environnante, avec ses fronts d’ionisation contre le nuage sombre LDN 1231, appartient au même nuage moléculaire.

NGC 7538 est le pendant : ici, les étoiles sont encore en formation. La petite tache d’un blanc éclatant en bas à droite est l’une des régions de formation stellaire les plus actives de la Voie lactée externe. Derrière le gaz ionisé visible se cache un amas enfoui, contenant NGC 7538 IRS 1, une protoétoile estimée à 30 masses solaires, encore en croissance et étudiée grâce à des masers de méthanol. Ces masers ont précisément fourni, avec 2,65 kpc, l’une des distances les plus précises de tout le champ. Ce qui ressemble à une tache surexposée est l’endroit où l’exposition bute sur un véritable mur de luminosité — la formation stellaire elle-même reste cachée dans l’infrarouge.

Sharpless a attribué cinq numéros à cette région. Sh2-157 (la Pince), Sh2-158 (le gaz autour de NGC 7538), Sh2-159 (le petit nœud entre les deux), Sh2-161 (le grand champ diffus au nord) et Sh2-162 (la Bulle). Avec l’amas enfoui de NGC 7538, ils appartiennent à un complexe continu du bras de Persée. Le riche amas ouvert M 52, au bord supérieur droit de l’image, se trouve en revanche nettement devant, à 1,7 kpc, sans lien avec les nébuleuses ; NGC 7510, au bord inférieur de la Pince, est légèrement en arrière, à 3,5 kpc.

Deux détails faciles à manquer. Au-dessus et à gauche de la Bulle se dessinent deux arcs Hα fins, presque rectilignes : les lobes géants de la nébuleuse planétaire KjPn 8, dont le noyau ne mesure que quatre secondes d’arc, mais dont les éjections bipolaires s’étendent sur 14 minutes d’arc. Et à environ un demi-degré au-delà du bord gauche de l’image, à hauteur de son tiers supérieur, se trouve Cassiopée A — le plus jeune rémanent de supernova connu de la Voie lactée. Il est trop petit et trop faible pour cette image, mais appartient à la même région du ciel et montre comment se terminera l’histoire de WR 157 et de BD+60 2522.

Ce que signifie la couleur. Le rouge correspond à Hα, le bleu-vert à O III, tous deux captés à travers un seul filtre à double bande devant un capteur couleur à matrice de Bayer ; O III a été extrait de la moyenne des canaux vert et bleu. La palette est une convention (HOO), pas un rapport de raies mesuré, et les couleurs des étoiles restent tributaires des limites d’une prise de vue en bande étroite.

Où dans le ciel

DenebSadrAljanahFawarisAlbireoIC1396ANGC7380NGC 7226sh2-157Sh2-129 / Ou4NGC 6946NGC 6952
Schwan — 7 Einträge auf 30° Bildbreite

Le rectangle est le champ réel de cette image, avec sa rotation mesurée — ce n'est pas un symbole. Les figures des constellations et les positions stellaires viennent de SIMBAD.

7 entrées se trouvent ici dans un rayon de 30° — cliquez sur un champ pour y aller.

Recadrages

Sh2-157 dans son ensemble — la Pince de Homard en Hα et O III4 objets — afficher

Pince de Homard

Sh2-157 dans son ensemble — la Pince de Homard en Hα et O III

1,69° × 1,15°·23h 15m 28.49s +60° 09′ 43.5″

Field of view 101 × 69 arcminutes, about 290 × 195 light-years at 3 kpc. This is where the name makes the most sense: two red Hα ridges enclose a blue-green cavity like the two halves of a claw. The cavity is not a hole but O III emission — oxygen that remains doubly ionized only close to a very hot source. That source is the Wolf–Rayet star WR 157 in the cluster Markarian 50, a little to the right of center.

The small bright knot at center left is Sh2-157 A, a compact H II region with its own excitation source; the compact pink patch at upper right belongs to MWC 1080, a young, massive Herbig Be star with a small group of companions. Near the lower right edge stands the open cluster NGC 7510, slightly behind the nebula at 3.5 kpc. The fine dark filaments within the cavity are dust in front of the O III glow — the same cloud from which Markarian 50 formed.

NGC 7635 et ses alentours — la Bulle, LDN 1231 et les arcs de KjPn 85 objets — afficher

Bulle et KjPn 8

NGC 7635 et ses alentours — la Bulle, LDN 1231 et les arcs de KjPn 8

0,95° × 1,04°·23h 21m 36.02s +61° 04′ 31.2″

Field of view 57 × 63 arcminutes, about 160 × 180 light-years at 3 kpc. The Bubble itself is the small round shell below center; the surrounding red glow is the larger nebula NGC 7635 in which it sits, with bright ionization rims against the dark cloud LDN 1231 at lower right. Below the Bubble, the small pink knot of MWC 1080 peeks into the lower edge.

The least conspicuous feature here is the most remarkable: two fine, almost straight Hα arcs at upper left. These are the giant lobes of KjPn 8, a planetary nebula whose core measures just four arcseconds, while its bipolar ejecta extend over 14 arcminutes — discovered only in 1995 because they are so faint. This ejected stellar envelope probably lies well in front of the Bubble, at an estimated distance of around 1.6 kpc, and is physically unrelated to it; it merely lies in the same direction.

Sh2-161 et NGC 7538 — le vaste champ Hα au nord7 objets — afficher

Sh2-161 et NGC 7538

Sh2-161 et NGC 7538 — le vaste champ Hα au nord

1,26° × 1,32°·23h 15m 48.57s +61° 46′ 19.4″

Field of view 75 × 79 arcminutes, about 215 × 225 light-years at 3 kpc. The extended red glow filling the entire crop is Sh2-161, the largest and most diffuse Sharpless region in the field: no shell rim or cavity, but widespread ionized hydrogen without an obvious excitation source. The Bubble NGC 7635 peeks in at upper left, the overexposed core of NGC 7538 at lower left, and the small knot Sh2-159 midway along the left edge.

The dark patches on the right are dust clouds in front of the glow: the black, flying shape to the right of center is LDN 1229; the streaks along the right edge belong to LDN 1233 and the TGU H699 complex. They look black because no Hα gets through here — behind them, the sky is just as red as it is alongside them.

Markarian 50 et WR 157 — le moteur de la cavité O III2 objets — afficher

WR 157 et Mrk 50

Markarian 50 et WR 157 — le moteur de la cavité O III

45,6′ × 34,6′·23h 14m 59.75s +60° 23′ 21.1″

Field of view 46 × 35 arcminutes, about 130 × 100 light-years at 3 kpc. This crop opens up the cavity: slightly right of center lies the small stellar group Markarian 50, containing WR 157, a WN5 Wolf–Rayet star with a B supergiant companion (together HD 219460). Its Gaia parallax of 0.32 milliarcseconds places it at about 3.1 kpc.

The blue-green color is O III and marks the region where the star's radiation is energetic enough to doubly ionize oxygen; the red ridges above and below are Hα fronts where the cavity meets denser gas. The dark threads crossing the cavity are dust filaments in front of the emission. At the left edge lies Sh2-157 A — just a bright spot in the image, but physically a separate compact H II region with its own cloud core. The Wolf–Rayet stage is brief: WR 157 has already shed its envelope and will end as a supernova in the geologically near future.

NGC 7538 et Sh2-159 — la pouponnière stellaire et sa petite voisine2 objets — afficher

NGC 7538 et Sh2-159

NGC 7538 et Sh2-159 — la pouponnière stellaire et sa petite voisine

40,4′ × 31,8′·23h 14m 23.96s +61° 21′ 33.7″

Field of view 40 × 32 arcminutes, about 100 × 80 light-years at 2.65 kpc. At lower right is NGC 7538, Sh2-158 in the Sharpless catalog: one of the most active star-forming regions in the outer Milky Way. The visible white is ionized gas on the near side of a molecular cloud; the actual nursery — an embedded cluster containing the roughly 30-solar-mass protostar NGC 7538 IRS 1 — remains hidden behind dust at visible wavelengths. Maser parallaxes gave this region a distance of 2.65 kpc, one of the most precise in the field.

At upper left is the small knot Sh2-159, a compact H II region showing the same mixture of Hα and a little O III as the Claw, on a smaller scale. A dark bay lies between them: dense dust blocking the emission behind it. The dazzling brightness of NGC 7538 is not a stretching error but a real jump of more than two orders of magnitude relative to the surrounding nebula.

Traînées de poussière au bord nord — LDN 1233 et TGU H6991 objet — afficher

Poussière au nord

Traînées de poussière au bord nord — LDN 1233 et TGU H699

23,5′ × 56,9′·23h 15m 11.76s +62° 23′ 57.7″

Field of view 24 × 57 arcminutes, about 65 × 160 light-years at 3 kpc. There is no object here in the usual sense, but absorption: the black, curved streaks are dark clouds from the Lynds and Dobashi catalogs — LDN 1233 above, parts of TGU H699 in the middle and below — standing in front of the broad Hα glow of Sh2-161. Their edges are so sharp because the emission behind them is uniform and the clouds block it completely.

Such fragments are remnants of the molecular cloud from which the stars in this field formed. Radiation and winds from O stars have ionized or swept away the thinner gas; what remains was dense enough to hold on. Visible light cannot tell us whether stars are still forming in these cores — that requires infrared or radio data.

La Bulle — BD+60 2522 et son enveloppe soufflée par le vent2 objets — afficher

Nébuleuse de la Bulle

La Bulle — BD+60 2522 et son enveloppe soufflée par le vent

25,6′ × 21,1′·23h 20m 39.45s +61° 11′ 17.2″

Champ de 26 × 21 minutes d’arc, soit environ 75 × 60 années-lumière à 3 kpc. La Bulle elle-même mesure environ trois minutes d’arc, soit un peu plus de huit années-lumière, et son enveloppe est tout juste résolue à 2,2″ par pixel. Elle est gonflée par le vent de l’étoile O6.5 BD+60 2522 (environ 40 masses solaires, vent proche de 1 800 km/s), visiblement située à gauche du centre.

Ce décalage raconte son histoire : la Bulle se développe dans un nuage qui devient plus dense vers le bord lumineux de la nébuleuse et y progresse moins vite que du côté ouvert. Là où elle rencontre le gaz dense, le front d’ionisation brille le plus. Elle est ainsi un pendant très jeune et très petit de la Pince de Homard, à gauche dans l’image entière — là-bas, une étoile encore plus chaude a creusé, sur une plus longue durée, une cavité de cent années-lumière. Ce champ offre une comparaison unique des deux structures.

Prise de vue et traitement

Acquisition. Une nuit, celle du 5 au 6 septembre 2026, à Friedrichsdorf. Le programme ASIAIR s’appelait « NGC 7635 » : les données portent donc le nom de la Bulle, bien que le champ soit centré sur Sh2-157. William Optics RedCat 71 (349 mm) avec une ZWO ASI2600MC Air sur l’AM5N, filtre double bande Hα/O III, gain 100, offset 50, capteur à −10 °C. 28 × 300 s ont été enregistrées entre 23 h 32 et 2 h 05, heure d’été d’Europe centrale ; sept images ont été écartées lors de la revue rapide, 21 ont été intégrées — 6 300 s, soit 1 h 45 min.

Calibration et intégration. WBPP en mode Final (sh2-157-duo-21x300s-flat20260829-v1) : master dark de la bibliothèque (50 darks, 300 s, gain 100, −10 °C), master flat de 20 × 10 ms du 29 août 2026 (étendue spatiale du flat de 957 ADU, sans saturation), master bias de 200 × 1 ms. LocalNormalization et pondération par signal PSF, 21 images sur 21 intégrées, QC PASS sans avertissement. Le recadrage automatique du master a donné 6054 × 3953 pixels.

Construction de l’image dans PiMagic (v2.5-1036, mode Duo/HOO, profil de pilotage explicite). Deux canaux ont été extraits du master dématricé : Hα = R, O III = ½(G+B). Pour chaque canal : GradientCorrection (ni DBE ni GraXpert), résolution astrométrique sur Gaia DR3 et SPCC avec le profil OSC, BlurXTerminator en mode Enhance (accentuation hors étoiles 0,90), Nuclear Stretch, NoiseXTerminator, StarXTerminator avec calque d’étoiles, puis courbe en S et SCNR pour les couleurs stellaires. O III a été aligné sur Hα, puis les deux ont été combinés en HOO ; une seconde correction du fond sur le composite a été volontairement omise, les canaux étant déjà corrigés. La sortie était un fichier structuré à calques en 32 bits (…_str_32), transmis par le relais AstroMagic.

Photoshop. Les calques ont été ajustés dans Photoshop 27.10 et exportés via Camera Raw 18.6 en AVIF — 5316 × 3685 pixels, image de base Display P3 avec carte de gain HDR ; l’application mesure un pic d’environ 2,9 fois le blanc SDR. Cet AVIF est exactement le fichier présenté et mesuré ici.

Astrométrie de ce fichier. PixInsight ImageSolver 6.4.2 sur Gaia DR3 : 11 082 étoiles de référence, erreur résiduelle 0,96″, échelle 2,2204″/pixel, champ 3,279° × 2,273°, centre 23h 17m 32,8s +60° 57′ 25″, rotation +90,07° — nord à droite, est en haut. Les sept cadrages ont été convertis en coordonnées célestes à partir de cette solution précise et comparés à SIMBAD avant la rédaction de leurs textes.

← Toutes les entrées